Je perpétue la passion de mes ancêtres en apportant ma touche !

Parfois, on cherche des réponses bien loin quand elles sont là, sous nos yeux depuis toujours. Comme si ces évidences attendaient le bon moment pour surgir dans nos vies. Après quelques détours au démarrage de sa vie professionnelle, Nelly Migayrou, éleveuse de brebis en Aveyron, est finalement revenue aux sources. A 34 ans, elle a repris l’exploitation familiale et mène tambour battant sa carrière, sa vie de femme et de jeune maman. Pour Les Pionnières, elle revient sur son parcours, nous explique son métier et nous raconte aussi comment pour elle, le futur s’inscrit dans la tradition.

ORIGINES & PARCOURS

Les Pionnières – Peux-tu nous présenter ton parcours ? Nous expliquer d’où tu viens, ce qui a motivé tes choix, nous décrire tes envies et tes challenges tout au long de ton parcours ?

Agricultrice dans l’Aveyron, je me suis installée dans l’exploitation familiale en 2014 en GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) avec mes parents et mon beau frère installé depuis 2004 et je suis maman d’une petite fille de 6 ans et demi et d’un petit garçon de 4 ans.

« Mon père ne concevait pas qu’une fille reprenne la ferme toute seule »

Durant mes études, je ne me suis pas orientée dans la filière agricole. Nous étions trois filles à la maison et mon père ne concevait pas qu’une fille reprenne la ferme toute seule. A fortiori, la plus jeune des trois, même si j’étais intéressée et attirée par ce métier. Il ne m’a donc pas poussée à faire des études agricoles. De mon côté, mon cœur balançait entre pompier et agricultrice, j’ai fini par suivre un cursus général au lycée, passer un bac scientifique (S), puis ne sachant pas trop quoi faire et étant mal conseillée, je me suis orientée vers un DUT informatique à la grande stupeur de tout le monde ! En effet, à l’époque, j’hésitais également avec un cursus en STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) et personne ne m’imaginait rester des journées entière derrière un ordinateur. Ils avaient raison !

« Je continuerai ce qu’il avait si bien fait toute sa vie »

A la fin de ma dernière année de DUT, en 2005, mon grand père paternel – qui avait la ferme auparavant – est décédé quasiment dans mes bras. Je crois que ça a été un déclic pour moi : je continuerai ce qu’il avait si bien fait toute sa vie.

J’ai achevé mes études et obtenu mon DUT. Au mois de  septembre, j’ai tout de suite attaqué une formation adulte pour passer un bac agricole car c’est le niveau requis pour pouvoir prétendre aux aides à l’installation. J’ai choisi une formation en alternance échelonnée sur 2 ans que j’ai effectuée chez mes parents. Une fois la formation finie, comme le parcours à l’installation est assez complexe, (on me demandait par exemple, de créer un nouvel atelier ou d’agrandir la ferme ce qui n’était pas concevable vu la charge de travail), j’ai attendu que mon père ait l’âge de la retraite pour m’installer à sa place et ainsi ne pas créer de nouveau poste.

J’ai commencé à travailler en tant que salariée agricole sur la ferme, mais aussi chez d’autres agriculteurs pour les agnelages, chez des maraîchers, dans un magasin spécialisé en produits agricoles. C’est en 2014 que je me suis installée : je suis maintenant chef d’exploitation dans l’exploitation familiale aux côtés de ma mère, de mon beau-frère et de mon père qui lui est salarié à mi-temps car le métier d’agriculteur ne s’arrête pas à la retraite.

LP – Est ce que tu pourrais nous parler de différents moments qui ont été marquants et structurants pour toi et qui ont aujourd’hui une résonance particulière ?

Pendant mes années collèges, j’ai un peu été victime de raillerie de la part de quelques filles : c’était lié au fait que mes parents étaient agriculteurs. Moi j’étais fière, je ne m’en cachais pas et je pense que c’est pour toutes ces raisons qu’aujourd’hui  je veux parler de l’agriculture et défendre ce métier.

Le décès de mon grand-père a été un moment clé : une génération s’en allait, il fallait qu’une autre prenne le relais. Pour moi c’est plus qu’un métier c’est un patrimoine ! Je perpétue la passion de mes ancêtres tout en apportant notre touche personnelle bien sûr !

LP – Est-ce que la place des femmes dans le monde professionnel est quelque chose d’important pour toi ? Comment vois-tu les femmes dans l’entreprise ?

Oui, tout à fait ! La place des femmes dans le monde professionnel est importante à mes yeux. Avant il n’y avait pas beaucoup de femmes déclarées agricultrices : elles étaient conjointes, collaboratrices donc quasiment rien.

« Je regrette la vision que les gens peuvent avoir de la «femme agricultrice »

Aujourd’hui, nous avons le même statut qu’un homme dans ces métiers et pourtant une vision très différente : dans notre métier, assez pénible et qui demande de la force physique, une femme va plus de temps pour réfléchir pour pouvoir effectuer une tâche sans – trop – se fatiguer, alors qu’un homme va forcer et va y arriver tout de suite. Je regrette la vision que les gens peuvent avoir de la « femme agricultrice ». Pour certains, elle est présente à la ferme mais s’occupe peu des bêtes, de la traite… Elle est, selon eux, à la maison où elle fait le repas, les tâches ménagères… Une agricultrice de nos jours est dans les champs, sur un tracteur et pas souvent à la maison !

LES INSPIRATIONS

LP – Est ce qu’il y a des personnalités qui t’ont inspirée à un moment clé de ta vie et t’ont donnée envie d’avancer ?

J’ai eu la chance de rencontrer mon conjoint qui m’a soutenue dans mon choix. Je conçois que ce soit un peu difficile pour lui qui n’est pas du tout issu du monde agricole. Nous ne pouvons pas passer tous nos week-ends ensemble, selon les saisons je ne sais pas à quelle heure je vais rentrer le soir… Il faut donc qu’il s’occupe des enfants ce qu’il fait très bien.

LP – Quand tu te retournes sur ton parcours, tu te dis qu’il a manqué de ?

Je me dis qu’il m’a manqué de la confiance en moi : je suis quelqu’un qui doute beaucoup ! J’aimerais m’interposer un peu plus dans les choix de l’entreprise.Et du temps aussi, je souhaiterais développer le tourisme agricole sur la ferme et j’espère pouvoir le faire quand les enfants seront un peu plus grands.

LP – Comment vois-tu la maternité ? Quel a été l’impact de la maternité sur ton parcours professionnel, tes souhaits d’évolution et plus largement sur ta vie en général ?

La maternité est la plus belle chose que puisse vivre une femme ! J’ai eu la chance de pouvoir travailler jusqu’au bout de mes grossesses sans difficultés particulières. C’est sûr qu’à partir de ce jour-là, tu ne vois plus la vie de la même façon! Et bien sûr, il y a un impact sur la vie professionnelle et sur l’organisation ! Et là travailler avec des hommes n’est pas toujours facile car eux ne voient pas les choses comme nous : ils ont quelqu’un à la maison qui s’occupe de toute cette maintenance que génère la vie de famille !

LP – As-tu défini des principes pour concilier vie personnelle et vie professionnelle ou est-ce que tu fais un peu comme les choses se présentent ?

C’est un peu difficile car nous avons un métier avec des activités très variées qui changent suivant les saisons et la météo ! J’essaie quand même de m’organiser au mieux dans le meilleur des cas voici un peu l’emploi du temps :

Février- mars : pendant l’agnelage – période de l’année où naissent les agneaux – une surveillance est nécessaire 24h/24h. Depuis que j’ai les enfants, j’essaie de faire les nuits et de rentrer au petit matin quand ils se lèvent. Je les prépare pour l’école (car mon conjoint part très tôt) – sinon ils vont chez mes beaux-parents et je vais me coucher. Je retourne auprès des brebis et des agneaux dans l’après-midi.

Mars-Octobre : c’est la période qu’on appelle la traite. Les journées démarrent vers 6H00 le matin, mes parents assurent la traite du matin pendant qu’on nourrit les brebis. Je rentre ensuite pour lever et préparer les petits. Je retourne au boulot quand ils partent à l’école et je m’avance un peu sur la traite du soir pour finir vers 18h30-19h.

« On a la chance de pouvoir leur transmettre notre passion »

Quand s’ajoute à ce rythme, la fenaison ou la moisson, là il n’y a pas d’emploi du temps ! En fait, c’est la météo qui décide un peu pour nous. On le fait quand on peut, du coup pour les enfants on fait appel à la famille car les journées n’ont plus d’horaires et on termine parfois très tard le soir.

Pour les vacances scolaires, les enfants vont dans la famille ou viennent avec moi. C’est un point positif : on partage beaucoup avec eux, même si parfois on râle car il faut faire plus attention et on perd du temps. Ces moments là sont précieux tout de même, on a la chance de pouvoir leur transmettre notre passion.

Nous prenons une semaine de vacances fin août quand les foins et la moisson sont finis.

J’aimerais arriver à avoir un week-end de repos sur deux pour pouvoir profiter un peu de mes enfants et de mon conjoint. Nous y travaillons tous les jours en essayant de moderniser le plus possible notre activité. Pour l’instant, nous avons un week-end de repos sur trois et c’est plutôt difficile de concilier la vie de famille, le ménage, les amis dans un week-end.

LES ASPIRATIONS

LP – Quels sont tes projets, tes aspirations pour la suite ?

Mes projets… Ce serait arriver à prendre du temps pour mes enfants. Le temps passe vite…Et en même temps, continuer d’exercer un métier qui me passionne !

Je souhaite aussi me perfectionner dans mon travail. J’ai encore beaucoup à apprendre surtout au niveau de la santé animale. Pourquoi pas un jour, créer un nouvel atelier en lien avec le tourisme : j’aime partager sur mon métier et je pense que c’est aussi un bon moyen de défendre notre métier qui est souvent pointé du doigt.

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