Le pouvoir ne se demande pas, il se prend.

Il arrive que les rêves d’enfant deviennent réalité. Ils nous entrainent alors dans une vie folle, passionnante, vibrante et nous permettent de partir à la conquête de nous-mêmes. Odile Mac Donald, productrice de séries et longs métrages nous partagent ses questionnements, les moteurs de son existence et ses aspirations.

INTERVIEW PIONNIERES 

Les Pionnières – Peux-tu nous présenter ton parcours ? Nous expliquer ce qui a motivé tes choix, nous décrire les envies et challenges tout au long de ton parcours ?  

 J’ai toujours été passionnée de cinéma. Enfant, je me rêvais comédienne. Et en arrivant en France à 19 ans, j’ai suivi les cours de comédie de la grande Vera Gregh. Mais après quelques petits rôles, c’est vers la production que je me tourne. J’ai d’abord débuté comme assistante dans la production de film publicitaire. C’est au début des années 90 que je commence à produire pour la télévision  (la 5e, TF1, FR3…) et que je fonde en 1992 la société PM avec mon associé et mari, Alain Pancrazi.

A partir de là, je ne cesserai plus de développer et produire des séries, unitaires et longs métrages. 200 heures de programmes, de nombreux prix, et à chaque film, une aventure exceptionnelle et passionnante.

LP – Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel et nous décrire tes activités actuelles ?

En 2015, je me sépare (personnellement et professionnellement) de mon mari. Je fonde Wildcats avec mon associée, Valérie Pechels avec pour ambition d’explorer le marché international. « Ransom » (CBS, TF1, Global) sera notre première production. 

LP – Est ce que tu pourrais nous parler de différents moments qui ont été marquants/ structurants pour toi et qui ont aujourd’hui une résonance particulière ? 

La production est une industrie de prototype. Chaque film, chaque série est un nouveau challenge, un nouveau départ. Cependant, je dois bien dire que tourner avec Alain Delon (Frank Riva pour FR2 en 2003) a été très marquant. Alain m’a appris une forme d’exigence, une rigueur qu’il s’applique à lui même comme aux autres. Je lui dois beaucoup.

Et puis, à l’aube de la cinquantaine, prendre un grand virage professionnel, alors que j’avais toujours pensé qu’à 50 ans, on pouvait un peu se reposer sur ses acquis ! Et je me suis alors rendu compte que j’étais capable de beaucoup, et que je ressortais à la fois plus forte et plus apaisée de cette épreuve.

LP – Est ce que les « problématiques féminines » font parti de ton ADN ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi & comment ?

Probablement est-ce dû à mon éducation québécoise, et j’en suis reconnaissante à la société civile canadienne toute entière, j’ai été très tôt convaincue de la légitimité des femmes dans le monde de l’entreprise et pris la mienne de façon tout à fait décomplexée. Quand j’ai fondé PM, j’étais assez jeune, et je me focalisais d’avantage sur mon âge que sur mon genre, ayant le sentiment de devoir « en imposer » pour faire le poids face à mes ainés.

Et ce n’est que plus tard, dans la trentaine, alors que je jonglais comme beaucoup de femme entre le boulot et les enfants, que je me suis rendu compte des inégalités sournoises qui règnent.Je me suis toujours revendiquée féministe. Dans les années 90, c’était encore synonyme de femmes légèrement hystériques ne se rasant pas les aisselles (si si !) Mais je suis maman de deux filles, et il n’était pas question de les élever autrement que comme des femmes libres, fortes et indépendantes.

Ensuite, au fur et à mesure que j’ai grandi professionnellement, et gravit les échelons, force a été de me rendre compte que les femmes sont moins présentes dans les postes de hautes responsabilités. Qu’il y a encore des clichés et des aprioris qui ont la vie dure : on ne confit pas de grosses sommes d’argent à une femme, elles seraient plus douées pour l’artistiques que les finances.

Cependant, je me tiens à la ligne qui fut la mienne au tout début de ma carrière. Je tiens la place et les responsabilités que j’estime être les miennes. 

Le pouvoir ne se demande pas, il se prend. 

J’ai aussi eu la chance de croiser de grandes personnalités féminines, que ce soit dans mon milieu professionnel ou pas, des femmes qui ont été des modèles et des mentors. Et je dois dire que depuis deux ou trois ans… les choses changent, plus vite et pour le mieux non ?

LP – Est ce qu’il y a des personnalités qui t’ont inspiré à un moment clé de ta vie et t’ont donné envie d’avancer vers là ? 

Ma grande amie et cheffe d’entreprise Diane Lanctot. C’est une grande figure du monde des affaires et du sport au Canada. Elle m’a guidée, inspirée, poussée. Nous nous sommes accompagné l’une l’autre dans nos parcours de femmes, de mères et d’entrepreneures.

LP – Quand tu te retournes sur ton parcours, tu te dis qu’il a manqué de ?

De culot ! Je n’avais pas de bagages académiques, j’étais souvent la plus jeune, et comme beaucoup de femmes, j’avais un côté « bonne élève », ne me croyant capable de faire quelques choses que quand je l’avais déjà accompli ! Or, il faut bien une première fois ! Alors mon conseils aux nouvelles générations : Ayez confiance en vous. Ayez du culot ! 

LP – Aujourd’hui, des inégalités persistent entre les hommes et les femmes, qu’il s’agisse de rémunération, de fonction, comment y remédier selon toi ? La solution devrait-elle venir des femmes, des institutionnels, des entreprises ? 

La solution viendra de tous. Et il ne faut rien lâcher. Je suis présentement en vacances chez moi… au bord d’un lac au Canada. La communauté ici est très investie dans la préservation de l’environnement depuis plusieurs dizaines d’année. Nous avons réussi à faire changer la loi, à inspirer d’autres municipalités à mettre en place des réglementations plus strictes. Nous y sommes parvenu parce que nous étions unis et déterminés, et que nous avons agis sur tous les fronts possibles. 

Pour corriger les inégalités entre les hommes et les femmes, les communautés, les entreprises, les gouvernements, le corps enseignant, les individus, et les familles doivent se sentir concernés, et s’impliquer.

LP – Est ce qu’il y a eu des moments particulièrement difficiles et qui sont devenus des apprentissages finalement ? 

Bien sûr. On apprend beaucoup plus de ses échecs que de ses succès. Dans les moments difficiles (très difficiles) je pensais à ma grande amie citée plus haut, qui m’entraînant sur des pistes de ski particulièrement ardus me disais « Tu es capable, tu as de bonnes jambes », et je me disais la même chose au milieu d’une bataille, d’une crise… « Tu es capable, tu as de bonnes jambes ». Tant qu’on a pas abandonné, un échec n’en est pas un, il n’est qu’une étape.

LP – Quelle était ton avis, opinion, vision des choses sur la maternité ? Et comment les choses se sont passées pour toi finalement ? Quel a été l’impact de la maternité sur ton parcours professionnel et sur tes souhaits d’évolution et plus largement sur ta vie en général ? 

J’ai été maman relativement tôt, sans me poser de question. J’avais une profonde envie de maternité, et j’y suis allée. Et c’est sur le terrain que j’ai découvert et me suis adaptée aux inégalités. Et il y en a. Heureusement les choses évoluent, mais quand mes filles étaient au primaire, dans les années 90, c’est la maman qu’on appelait en cas de maladies, problèmes, questions. La sortie des classes s’appelait « l’heure des mamans » ( !) J’ai constaté que la France accusait un certain retard, pour ne pas dire un retard certain avec le Canada. L’organisation de la société française, civile et professionnelle ne facilitait vraiment pas le partage des taches, la coresponsabilité de l’éducation…

J’ai vécu la double culpabilité de partir trop tôt du bureau et d’arriver trop tard à la maison. Ayant toujours l’impression que je lésait mon travail ou ma famille ou les deux.J’ai fait des choix et des arbitrages professionnels qui me permettaient de ne pas trop voyager. 

Je ne le regrette pas, mais je pense que moins d’hommes se trouvent face à ce dilemme.Aujourd’hui, quand je vois mes filles, qui sont devenues deux magnifiques jeune femmes, qui s’accomplissent merveilleusement professionnellement, socialement et familialement, et que les deux me disent que je suis un exemple… et bien je me dis que je n’y suis pas si mal arrivée, à conjuguer les deux. 

LP – As-tu défini des principes pour concilier ta vie perso et pro ou est-ce que tu fais un peu comme les choses se présentent ? 

Mon ex-mari et père de mes enfants était aussi mon associé. Nous avons fondé notre société et travaillé ensemble pendant plus de vingt ans. L’audiovisuel étant par ailleurs un domaine très prenant… la frontière entre la vie personnelle et professionnelle n’existait pas. 

Les week-ends, les vacances, le jour, la nuit… le travail s’invitait partout. La seule barrière qui tenait était le bien-être des enfants, qui par ailleurs n’étaient absolument pas intéressées par notre milieu. Mes filles nous ont beaucoup reproché d’être constamment suspendus à nos téléphones et de parler incessamment de travail. Elles avaient raison !

Aujourd’hui, mon compagnon n’est pas du métier, et il m’a aidé à savoir « fermer boutique » ne serait-ce que quelques heures. C’est important et précieux de cultiver d’autre centre d’intérêts.

LP –  Selon toi, la clé pour faire tenir l’équilibre vie pro-perso ? Comment tu organises ton temps entre famille, travail et envie ? Des astuces à partager ? 

Apprendre à fermer boutique ! Ce peut-être pour quelques heures, quelques jours. Cela s’organise, il ne s’agit pas de tout laisser en plan derrière soi ! Et la clé, c’est de cesser de culpabiliser. J’ai parlé plus haut de l’importance du culot. De la confiance en soi. Et l’autre obstacle majeur des femmes est souvent la culpabilité. Il faut s’en débarrasser ! Il est vrai que l’équilibre entre la famille, le travail, l’amour, les amis et … soi-même est un exercice qui demande de l’organisation, il ne faut pas hésiter à bloquer des plages horaires dans son agenda, à être proactif. 

Et finalement, il faut accepter que tout ne soit pas parfait. Un brunch le dimanche ? C’est important de réunir ceux qu’on aime autour d’un beau moment, moins grave de ne pas avoir eu le temps de faire le gâteau maison, une table de fête et la maison impeccable. 

LP – Quel a été le déclencheur pour toi ? Quel conseil donnerais-tu aux autres femmes ?

J’ai été inspirée par des femmes de caractères, entourée d’une belle communauté de femmes, que j’appelle mes sœurs de cœur. Entourez-vous de gens de qualité. Hommes, femmes, collègues, clients, amis… ne laissez pas de relations toxiques venir empoisonner votre énergie.Et puis, j’ai foncé ! Et je fonce encore, car rien n’est jamais définitif, permanent, et de nouveaux challenges se présentent chaque jour. La vie est terriblement excitante !!! 

LP – Aujourd’hui, quel est ton rythme actuel ?

Mes filles sont maintenant installées dans leur vie, l’une à Londres, l’autre entre la Colombie Britannique et San Francisco… Je me réapproprie une liberté nouvelle, et redécouvre un champ des possibles infini. J’aime beaucoup prendre de courte pause de 4 à 5 jours, avec mon compagnon. Nous travaillons tous deux pour notre propre entreprise, et sommes donc toujours sur le pont, mais comme évoqué plus haut, nous savons également mettre le travail de côté. Entretenir notre curiosité.

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