Voyager, m’ouvrir au monde et découvrir sa richesse.

Des rêves plein la tête, l’envie de parcourir le monde et de croquer la vie. Après mille et une expériences, Kelly Dassault, artiste et chef d’entreprise, co-fondatrice de 27 Lisboa, revient sur ses origines et son parcours. Aujourd’hui encore, elle parcourt les quatre coins du monde avec homme et enfants et allie savamment sa vie professionnelle – la maison 27 Lisboa à Lisbonne – et sa vie familiale. Elle partage pour Les Pionnières les sources d’inspiration qui l’ont marquée, sa vision du monde et ses aspirations pour les années à venir.

ORIGINE & PARCOURS

« Atypique »

Les Pionnières – Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Atypique. J’ai quitté la maison familiale à 16 ans avec des rêves d’artiste plein la tête. Je viens d’un milieu ouvrier et à la maison l’art ne tenait pas une place…importante. Arrivée à Paris, la vie a été vraiment compliquée. J’ai d’abord trouvé un job que j’adorais en agence d’architecture : je voyageais beaucoup et depuis je n’ai jamais arrêté. Rapidement, mes rêves d’artiste ont repris le dessus et j’ai réussi à me payer des études de théâtre en cumulant les petits boulots. Hôtesse, mannequin, figurante…comme on dit dans le milieu, « je courrais le cachet » et mon loyer avait souvent du mal à se payer. J’ai eu la chance d’apprendre beaucoup, de voir beaucoup de projets ne pas aboutir, d’en concrétiser certains. Le voyage, la découverte, l’apprentissage tiennent une place de choix dans mon quotidien.

J’ai fini ma formation de photographie à New-York. J’avais besoin de quitter paris, de prendre de la distance, de me confronter à la solitude. En revenant j’ai trouvé un mari et depuis nous avons une famille, mais aussi plein de projets communs : immobilier, artistique et philanthropiques.

 

Nous expliquer d’où tu viens, ce qui a motivé tes choix, nous décrire tes envies et tes challenges tout au long de ton parcours ?

Je n’ai pas de formation académique classique. Je fonctionne à l’instinct, je ne suis qu’instinct. J’ai quitté des jobs, des pays pour des histoires d’amour qui, selon moi, méritent toujours d’être prises au sérieux. J’ai voulu, de moi-même, ce que d’autres envisagent comme une punition, un passage obligé.

 » Quand on se donne les moyens et qu’on a le goût du travail, les choses finissent par arriver ».

J’ai dû faire face à mon manque de formation et donc me former moi-même, lire, chercher l’information. J’ai eu la chance d’être entourée de gens bienveillants qui m’ont aidée dans ce chemin.  Voyager et m’ouvrir au monde, découvrir sa richesse. J’ai dû apprendre à parler anglais une fois sur place et livrée à moi-même.

J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas de raison que je ne parvienne pas à faire quelque chose. Mon père m’a donné cette image : quand on se donne les moyens et qu’on a le goût du travail, les choses finissent par arriver.

 

Les Pionnières – Est ce que tu pourrais nous parler de différents moments qui ont été marquants et structurants pour toi et qui ont aujourd’hui une résonance particulière ?

Le départ. C’est quelque chose de décider de partir si jeune. Le départ de mon père ensuite, un choc, je me suis rendue compte d’un coup, que rien, personne, même pas lui, ne serait là pour toujours. Depuis, quelque chose a changé, vraiment changé.

« Nous n’avons pas le luxe du temps ».

Je me suis rendue compte que mes jours étaient comptés et que je ne devais les partager qu’avec des gens que j’aime. Nous n’avons pas le luxe du temps. Ensuite, il y a eu le moment où je suis devenue belle-mère : je me suis rendue compte alors que chacun de mes choix pouvait influencer un petit être. Et là, oui, j’ai commencé à grandir, à bien manger, à ne plus fumer et à prendre toute sorte de décisions jusqu’alors inconnues.

Les Pionnières – Est-ce que la place des femmes dans le monde professionnel est quelque chose d’important pour toi ? Comment vois-tu les femmes dans l’entreprise ?

La place des femmes devrait être la place de tout le monde, sans distinction de genre. C’est triste en 2018 de toujours devoir militer. Mais nous devons continuer d’affirmer nos choix, à tous les niveaux, en permanence. Avoir un job, lequel ? Ne pas en avoir, pourquoi? Avoir des enfants, quand ? Ne pas en avoir, pourquoi ? Je suis vraiment épuisée de voir que les choses prennent tant de temps à changer. Les femmes sont fortes, solides, les femmes peuvent tout. Comme les hommes. Devoir en permanence nous justifier, puisque nous sommes nées femmes, m’agace. (J’ai d’ailleurs dispensé un comptable pour misogynie récemment).

Les Pionnières – Est ce qu’il y a des personnalités qui t’ont inspirée à un moment clé de ta vie et t’ont donné envie d’avancer vers là où tu es aujourd’hui ?

Bien sûr, autour de moi, j’ai des exemples incroyables de femmes fortes, courageuses : ma soeur, mes soeurs de coeur.  Et mes amies, elles sont peu mais de qualité supérieure. Mes amis aussi. Mon mari, évidement. Mes frères. Mais je suis impressionnée par la carrière d’une chirurgienne au nom de Dr Lara Devgan, brillante chirurgienne et mère de 6 enfants. Je suis impressionnée par Victoria Beckham que je plagiais à 14 ans et qui est devenue une brillante femme d’affaires. Je suis forcée d’admirer Jessica Alba pour son projet Honest puisque ce sont des valeurs qui me parlent. Ou en encore Tata Harper ou Emily Weiss.

Mais aussi Willy Ronis, Jérôme Sessini, Zaha Hadid et plus récemment j’ai découvert le parcours de Marc Simoncini qui force le respect pour son audace !

Les Pionnières – Quand tu te retournes sur ton parcours, tu te dis qu’il a manqué de ?

De temps, nous ne manquons que de temps. Le reste n’est que littérature. Pour en dire plus, d’argent parfois, mais le manque d’argent rend très créatif. J’ai le souvenir d’un soir, dans un appartement que je ne pouvais finalement pas me payer, de manger des pâtes dans une casserole au milieu de cartons de livres (qui étaient mes seules possessions) avec un ami que j’aime tant. Dans la même semaine, j’ai dû rendre cet appartement faute d’argent. Dommage. Dans le milieu que j’essayais d’apprivoiser, souvent – trop souvent – nous sont proposées des collaborations (comprendre gratuites) pour l’amour de l’art. Dommage! Car mes propriétaires n’ont jamais voulu collaborer.

 

Les Pionnières – Comment vois-tu la maternité ? Quel a été l’impact de la maternité sur ton parcours professionnel, tes souhaits d’évolution et plus largement sur ta vie en général ?

La maternité a changé ma vie. Pour le meilleur : l’amour que je porte à nos enfants n’a pas d’égal. Je n’avais aucune idée de cette force dont nous seules sommes capables. Avec la maternité surgit un lot d’interrogations. Pour moi qui suis très intuitive, mes interrogations ne sont pas sur le quotidien, je me demande plutôt si mes enfants auront la chance de découvrir un monde en liberté, si les enfants qui naissent ailleurs pourront eux aussi finalement avoir la chance de découvrir le monde en liberté, sans avoir d’horrible visa à remplir ou encore si un jour, mes enfants verront tous les passeports finalement avoir la même valeur.

 » Pour ma carrière, j’ai décidé de changer de cap, pour passer du temps avec eux. » 

Je vois la maternité comme l’accompagnement dans les premières années de la vie de petits êtres purs. Je suis, nous avons, avec mon mari, la responsabilité de les présenter au monde avec toutes les cartes en main pour pouvoir lire le monde qui s’offre à eux. J’ai aussi l’ambition de leur apprendre à lire, justement, de me mettre à leur niveau en mathématiques afin qu’ils ne demandent pas que de l’aide à leur père. Je voudrais aussi leur apprendre…à aimer, à être tolérant, à être juste, à être généreux et capable d’empathie.

Pour ma carrière, j’ai décidé de changer de cap pour pouvoir ne pas les mettre en crèche, passer du temps avec eux. Nous avons donc créé notre propre structure peu après la naissance de notre premier enfant commun.

« Notre premier magasin, 27 Lisboa. »

Je suis associée à mon mari et nous travaillons en famille en mettant à profit nos voyages pour apporter une sélection des choses que nous aimons à Lisbonne, là où nous avons décidé d’ouvrir notre premier magasin, 27 Lisboa.

Nous travaillons majoritairement avec des maisons éthiques, responsables et essayons de faire très attention dans le choix de nos fournisseurs et de toujours privilégier le bon. Nous réhabilitons aussi quelques biens immobiliers que nous cherchons ensemble.  Mon mari ensuite s’occupe de la gestion et la commercialisation ; moi c’est les travaux, de gros travaux souvent, la décoration et l’aménagement. Nos aptitudes se conjuguent. Plus tard, nous aimerions avoir une fondation pour aider les femmes, celles qui en ont parfois besoin. Ainsi que les enfants.

Quand les enfants grandiront, j’aimerai reprendre aussi mes activités artistiques plus sérieusement…Mais pour l’instant, je profite de ce moment merveilleux qu’est la petite enfance, ces heures sont précieuses, les moments passés en famille, en voyage, ensemble et qui, je l’espère, forgeront leurs caractères.

 

Les Pionnières – As-tu défini des principes pour concilier vie personnelle et vie professionnelle ou est-ce que tu fais un peu comme les choses se présentent ?

A 18h en général, nous sommes à la vie de famille jusqu’au coucher à 20h. Ensuite, parfois, nous reprenons quelques instants nos ordi ou nous sortons ! Mais nous avons essayé d’établir des règles sur la limite assez fine entre vie de famille et vie pro. Parfois l’une empiète sur l’autre…ça arrive, rarement, mais ça arrive. Il faut alors savoir être tolérant avec soi.

Nous avons nos moments à nous, nous avons la chance de pouvoir avoir nos petites fenêtres. Lorsque nous voyageons, nous arrivons toujours à nous organiser pour avoir quelques heures rien qu’à nous. Nous avons choisi d’être mariés, parents, entrepreneurs…Il faut savoir poser des limites. Parfois si Julien me parle de sujet de bureau pendant le bain des enfants… je ne lui réponds pas 🙂

 

Les Pionnières – Quels sont tes projets, tes aspirations pour la suite ?

 » Que mes fils soient féministes ! »

Des voyages, il nous reste tant à découvrir. Du temps ensemble. Se créer des souvenirs. Écrire un livre. Apprendre à monter à cheval. Apprendre à voler. Apprendre à parler une langue de plus. J’aimerais vraiment pouvoir aider les femmes, celles à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. J’aimerais bien voir arriver le jour où les femmes ne devront plus justifier de leur temps, comme un homme. On ne demande jamais à un homme, quand il part en voyage pour le boulot, si sa maison ne lui manque pas. Personne n’oserait. On ne demande pas à un homme qui va au sport qui garde ses enfants pendant sa session…J’aimerais que ma fille puisse faire ce qu’elle veut : banquier, dentiste, avocat, mère, artiste, astronaute, ingénieur, artisan, peintre, réalisateur, coach, restaurateur… et qu’elle ait les mêmes chances et le même salaire que les autres !

J’aimerais que mes fils soient féministes !

 

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