J’étais, enfin, à ma place.

Du quotidien trépidant de la capitale, aux vignobles français et aux caves Bretonnes, Cécile Berthelot a suivi son instinct et a tout plaqué pour se bâtir une vie à la hauteur de ses rêves et de ses envies. Elle nous raconte ses expériences riches d’apprentissages, le prix des renoncements et l’appétit pour vivre la vie qu’on s’est choisie. Une rencontre de caractère, inspirante et attachante dans cet univers exigeant.

Les Pionnières – Peux-tu nous présenter ton parcours ? Nous expliquer ce qui a motivé tes choix, nous décrire les envies et challenges tout au long de ton parcours ? 

J’ai fait une école de Communication à Nantes (Scienceom, Audencia) et un dernier semestre d’études à Copenhague au Danemark, pays dont je suis d’ailleurs vite tombée amoureuse. J’ai choisi d’effectuer mon stage de fin d’études chez Dassault Aviation au service communication de la DGSM (Direction Générale du Soutien Militaire). Superbe expérience.

« C’est à cette période que j’ai eu mon déclic »

J’ai ensuite continué quelques années dans le secteur de l’aéronautique où j’ai pris un poste de Chargée de mobilité internationale. Métier que je ne connaissais pas et que j’ai dû apprendre sur le tas ! C’était une création de poste en plus donc pas de repères. ’ai ensuite exercé dans 2 cabinets de conseil RH et c’est après 3 années dans cet environnement qu’en 2017 que j’ai eu mon « déclic ». Tout à coup, j’en ai eu marre de la vie parisienne, de son rythme effréné, j’en ai eu assez d’apprendre toujours sur le tas, sans être réellement développer d’expertise par faute de formation. Je me retrouvais finalement au quotidien dans une zone d’inconfort et je n’en pouvais plus. 

Je me sentais aussi agacée par certaines formes de management et ce côté politique omniprésent qui vous montre parfois de vilains côtés de la nature humaine. Par ailleurs, je sentais l’envie de retourner en Bretagne, d’où je suis originaire, se faire de plus en plus forte. J’avais également envie d’avoir un travail qui ait du sens pour moi, plus terre à terre, plus concret et donc plus évident pour moi.

« J’étais enfin à ma place »

Le déclic a été un flash, j’ai tout de suite su que je voulais travailler dans l’univers du vin, être caviste, me spécialiser dans ce domaine qui me fascinait secrètement depuis de nombreuses années. Je n’en avais parlé à personne et ce choix à sans doute surpris mon entourage, mais je dois dire que j’ai été encouragée et soutenue, une grande chance.

Alors j’ai foncé ! J’avais 32 ans, pas de relation amoureuse sérieuse et pas d’enfants, facile non ? 🙂 J’ai négocié une rupture conventionnelle, je suis rentrée en Bretagne et j’ai fais un break en m’adonnant à ce qui me passionne dans la vie, voyager ! Algérie, Portugal, et Islande… J’ai pu me reconnecter aux choses, à moi-même, prendre le temps. J’ai choisi de plonger la tête la première dans ce nouvel univers qui m’attendait en commençant par « le terrain » : durant un mois et demi sur les routes des vignobles français, je suis partie à la rencontre de vignerons. Et c’est, les mains dans la terre à découvrir certaines tâches que l’on exerce dans la vigne (liage, ébourgeonnage, palissage), que j’ai compris que j’étais enfin à ma place ! 

« Je ne regrette rien »

J’ai poursuivi mon but en suivant une formation de caviste et j’ai occupé des postes de cavistes dans différentes boutiques. Formateur, surtout que le but ultime est de m’installer à mon compte. Ca aussi, je l’ai toujours su : je voulais tenter l’aventure entrepreneuriale. Je ne regrette cependant aucune de mes expériences : chaque poste, chaque moment m’a aidée à faire ce que je fais aujourd’hui. Se mettre en difficulté et changer régulièrement de postes vous apprend beaucoup.

Depuis que j’ai quitté Paris, je me sens mieux, je me sens à ma place, chaque jour je suis contente de mes choix. Je ne perds plus pied face à une vie de bureau pas faite pour moi ou à gérer des dossiers sans aucun sens.

LP – Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel et nous décrire tes activités actuelles ? 

Depuis la fin de ma formation au mois de juin 2018, j’enchaine les expériences de caviste au sein de différentes caves ce qui est une immense chance et très enrichissant. En effet, ça me permet de cerner le milieu et affiner mon projet personnel de cave. L’activité du vin a le vent en poupe et beaucoup de personnes sont formées, trop à mon sens pour le nombre de postes qu’il y a sur le marché, en Bretagne en tout cas. Je réussis à rester dans le métier en enchaînant différents expériences, avant de monter ma structure, il ne faut surtout pas perdre le pied…

LP – Est ce que les « problématiques féminines » font parti de ton ADN ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi & comment ? Oui, complètement, un peu trop peut être même parfois 🙂 alors j’essaie de tempérer mon discours. Certains comportements de la gente masculine m’agacent et je les trouve souvent archaïques et peu subtils. J’essaie d’être fidèle à moi-même et si ça ne plaît pas tant pis ! Heureusement que les choses évoluent dans le bon sens au fil du temps. J’essaie de ne retenir que le positif. Ce que j’apprécie par exemple, c’est que de plus en plus d’hommes pensent par exemple qu’une femme a toute sa place dans une cave et qu’elle est complémentaire à l’homme. Je suis tout à fait d’accord avec ça. Nous avons besoin les uns des autres pour former une équipe parfaite. 

LP – Quand as-tu commencé à t’interroger sur la place des femmes dans la l’entreprise ? 

Depuis que je travaille finalement car j’ai exercé au début de ma carrière dans le secteur de l’aéronautique, majoritairement masculin. 

LP – Est ce qu’il y a des personnalités qui t’ont inspiré à un moment clé de ta vie et t’ont donné envie d’avancer vers là ? Pas vraiment, je n’ai pas de personnalités en tête. Je pense que l’entourage proche et intime est parfois très inspirant et qu’à force d’échanges et de rencontres on avance gentiment vers nos projets. Mon leitzmotiv de vie, c’est que quand on a envie de quelque chose (et même de quelqu’un:)) il faut se donner les moyens de, … Si ça me marche pas, on aura essayé. On vit avec beaucoup moins de regrets ainsi et on avance bien !

LP – Quand tu te retournes sur ton parcours, tu te dis qu’il a manqué de ? 

Rien. Je suis très heureuse ainsi. 

LP – Aujourd’hui, des inégalités persistent entre les hommes et les femmes, qu’il s’agisse de rémunération, de fonction, comment y remédier selon toi ? La solution devrait-elle venir des femmes, des institutionnels, des entreprises ? Le sujet des disparités de salaire sur des fonctions similaires me hérisse les poils. Je ne comprends pas que nous en soyons toujours là. Je pense que tous ces combats ne doivent plus être portés par les femmes mais par la prise de conscience urgente des entreprises et institutionnels. Une femme devrait pour beaucoup être inspirante quand elle arrive à gérer rondement une carrière aussi bien qu’un homme, voir parfois mieux tout en gérant une maison et des enfants ! Je n’ai jamais aimé le débat, je les évite toujours dans la sphère personnelle car je les trouve souvent malheureusement stériles, les gens restent campé sur les idées. J’ai sûrement tort. 

LP – Est ce qu’il y a eu des moments particulièrement difficiles et qui sont devenus des apprentissages finalement ? On apprend de chaque moment difficile selon moi, avec le recul évidemment car on ne raisonne pas ainsi quand on est pris dans les difficultés. Tout sert. Ceci dit à part de l’inconfort dans certaines situations professionnelles, je n’ai pas vécu de réelles difficultés dans mon parcours. 

LP – Quelle était ton avis, opinion, vision des choses sur la maternité ? Et comment les choses se sont passées pour toi finalement ? Pour ma part, je ne suis pas maman. J’ai cependant beaucoup d’amies avec des postes clés qui le sont et qui gèrent très bien leurs rythmes en jonglant avec leurs différentes casquettes. Ce que je peux déplorer cependant par exemple c’est que certaines sont à 80 % mais travaillent finalement en dehors des périodes « normales » pour compenser une pression qu’on leur met et un travail aussi important demandé que si elles étaient à 100 %. On en demande toujours plus à certaines femmes et on en revient au sujet des salaires qui ne suivent pas … C’est un sujet parmi tant d’autres. Je pense vraiment que la maternité peut ne pas servir à certaines femmes dans le milieu professionnel, mais une fois de plus, je ne suis pas concernée et ne fais que parler du ressenti de certaines de mes amies. De mon côté j’admire les femmes qui arrivent à tout gérer, notamment certaines chefs d’entreprises avec plusieurs enfants. Chapeau. 

LP – As-tu défini des principes pour concilier ta vie perso et pro ou est-ce que tu fais un peu comme les choses se présentent ? J’ai toujours eu des principes pour concilier vie pro et perso. J’ai la valeur travail, elle est importante mais tout autant que la vie personnelle selon moi. Je vais être a fond la journée, m’investir et en dehors des heures raisonnables, il faut faire sans moi. J’ai toujours fonctionné comme ça même dans mes postes prenants à Paris. Les mails de 23h & Co attendaient le lendemain matin à la fraîche au bureau. Si ce ne plaisait pas tant pis, j’étais professionnelle et le travail était fait mais je profitais de ma vie personnelle. Je ne dérogerais jamais à ce principe ou que très rarement (notamment une gestion de crise que j’ai du gérer).

LP – Selon toi, la clé pour faire tenir l’équilibre vie pro-perso ? Comment tu organises ton temps entre famille, travail et envie ? Des astuces à partager ? L’envie de déjà. Beaucoup de mes collègues à Paris se plaignaient du manque d’équilibre vie pro / perso mais ils rentraient dans la spirale de l’hyperconnectivité et du garde à vous. Une fois qu’on a mis le pied là dedans et qu’on a habitué ses collègues ou sa hiérarchie, on peut difficilement revenir en arrière. J’exclue évidemment de mes propos les métiers qui demandent d’être joignable et disponible en permanence. Dans ce cas c’est un choix d’orientation et on ne peut que difficilement trouver un équilibre vie pro / perso mais ca devient un choix de vie qu’il faut assumer. Il faut selon moi être organisée du mieux possible et repartir son temps selon sa profession en tant que telle et le rythme de la vie perso qu’on a avec les enfants, les loisirs, etc … 

LP – Aujourd’hui, quel est ton rythme actuel ? Aujourd’hui en tant que salarié, je travaille environ 38 /40h par semaine et je suis en congés les dimanche – lundi ce qui est confortable. J’aurai un rythme beaucoup plus intense quand j’aurais ma boutique, et j’ai hâte !

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