Je veux voir encore plus grand !

Aurélie Jean, la plus française des spécialistes américaines des algorithmes nous raconte autour des 4 thèmes sa vision des femmes dans le monde d’aujourd’hui. Après cinq années de recherches au Massachusetts Institute of Technology à Boston et une carrière menée tambour battant, elle prend le poste de Senior Developer chez Bloomberg à New York où elle vit. En 2016, elle crée l’association In Silico Veritas  « Je me suis rendue compte de l’importance des modèles et de la capacité à se projeter, pour que les filles ne se mettent pas elles-mêmes de limites“. Pour Pionnières, elle revient sur ses origines, son parcours et nous livre sa vision du monde, ses sources d’inspiration et partage ses aspirations.

 

ORIGINES & PARCOURS

Les Pionnières – Peux-tu nous présenter ton parcours ? Nous expliquer d’où tu viens, ce qui a motivé tes choix, nous décrire tes envies et tes challenges tout au long de ton parcours ?

Je suis scientifique numéricienne, docteur (PhD) en ingénierie et sciences des matériaux. En pratique, je développe des modèles mathématiques que j’implémente, via des algorithmes, dans un code de calcul, pour simuler des phénomènes et répondre à des questions par la prédication. J’ai appliqué mes connaissances à l’ingénierie, la médecine, l’éducation et plus récemment l’économie et la finance.

« J’AI REALISE LE POUVOIR QUE J’AVAIS »

En plus d’une certaine appétence et de facilité dans les sciences, j’ai réalisé en thèse de doctorat le pouvoir que j’avais en codant : comprendre le monde qui m’entoure par la prédiction et l’analyse, ainsi que de simuler des conditions et environnements encore inexplorés ou inenvisageables dans la réalité. Je pouvais rendre le monde meilleur en le comprenant davantage et en amenant des éléments de réponses aux grandes questions encore sans réponse.

Les Pionnières – Est ce que tu pourrais nous parler de différents moments qui ont été marquants et structurants pour toi et qui ont aujourd’hui une résonnance particulière ?

Dans ma vie et ma carrière ces moments sont associés à des personnes et à des rencontres particulières. Je pense en premier à mes grand-parents qui m’ont donné les valeurs et l’amour que je souhaite à tous les enfants du monde. Je pense aussi à ma famille proche, mes amis et en particulier mon meilleur ami, qui a été mon compagnon pendant 11 ans, Martin, qui m’a fait grandir, m’a encouragée et m’a donnée des armes complémentaires. Nous sommes toujours une équipe, nous nous serrons les coudes! Je pense aussi à mes mentors, mes role models, ces gens qui m’ont donné le courage et la force de traverser des passages compliqués, de sauter des trous gigantesques, et de franchir des lignes d’arrivées avec fierté. Je pense au Dr. Tara Swart, à Alain Clot, au Dr. George Engelmayr, au Dr. Simona Socrate, Sandrine Vohra, Delphine Remy-boutang… vous êtes trop nombreux! Leur énergie et leur liberté d’agir et de penser m’inspirent énormément! Je pense aussi à ces personnes qui m’ont aidée et m’ont encouragée depuis le début.. ils sont là encore trop nombreux! Je pense qu’on réussit toujours grâce aux autres, certes il faut travailler dur mais il faut aussi reconnaître la chance et les opportunités de rencontrer les bonnes personnes, aux bons moments et aux bons endroits.. c’est pour cela que je dis souvent aux personnes que je mentore de redonner aux autres… le fameux Give it back à l’Américaine.

« LES FEMMES TRAVAILLENT EN ECHANGE D’UN SALAIRE DEPUIS TRES PEU DE TEMPS DANS L’HISTOIRE DE L’HUMANITE. »

Les Pionnières – Est-ce que la place des femmes dans le monde professionnel est quelque chose d’important pour toi ? Comment vois-tu les femmes dans l’entreprise ?

Absolument! Je crois en la diversité car elle apporte une réelle valeur ajoutée au fonctionnement d’une équipe, à son équilibre et à sa performance. De nombreuses études vont dans ce sens. Les femmes travaillent en échange d’un salaire depuis très peu de temps dans l’histoire de l’humanité, ce qui peut expliquer que les métriques de succès sont encore très (pour ne pas dire trop) masculines. Les hommes eux-mêmes souhaitent des métriques plus neutres. Les femmes arrivant de plus en plus à des postes à responsabilités, nous allons tendre vers des métriques qui se féminisent pour davantage de neutralité.

LES INSPIRATIONS

« CES FEMMES ET CES HOMMES ME FONT REVER POUR DES RAISONS DIFFERENTES A CHAQUE FOIS. »

Les Pionnières – Est ce qu’il y a des personnalités qui t’ont inspiré à un moment clé de ta vie et t’ont donné envie d’avancer vers là où tu es aujourd’hui ?

J’en ai eu beaucoup dans mes études comme mes professeurs de physiques et de mathématiques à l’université Pierre et Marie Curie, des scientifiques dans ma carrière de chercheuse, ou des managers et entrepreneurs. Ces femmes et ces hommes me font rêver pour des raisons différentes à chaque fois. J’admire profondément leur courage à agir, ils me donnent envie de les suivre, ce sont des leaders ! Plus paradoxalement j’ai été profondément influencée par Richard Feynman quand j’étais plus jeune, en particulier sa manière de parler de choses compliquées au grand public, sa manière de populariser les sciences et de les rendre excitantes ! Son humour et son style faisaient son charme (rires…) ! Je souhaite être une sorte de Mr. Feynman au féminin… (rires).

« LES ROLE MODELS M’ONT MANQUEE »

Les Pionnières – Quand tu te retournes sur ton parcours, tu te dis qu’il a manqué de ?

Role Models! Même si j’ai eu beaucoup de personnes qui m’ont inspirée tout au long de mon parcours, je n’ai quasiment pas eu de Role Models dans en sciences numériques. Les femmes restent minoritaires dans cette discipline, ce qui résulte chez les jeunes filles et femmes à un problème de projection d’elles mêmes dans ces carrières, car on ne peut pas espérer devenir ce qu’on ne voit pas. J’étais un peu rebelle quand j’étais étudiante (rires..) en fin de Deug (L2) j’avais le choix entre une L3 en physique ou en mécanique, j’ai choisi la mécanique car il n’y avait pas de filles, je pensais déjà à l’époque que j’allais changer les choses !

Les Pionnières – Comment vois-tu la maternité ? Quel a été l’impact de la maternité sur ton parcours professionnel, tes souhaits d’évolution et plus largement sur ta vie en général ?

Comme la paternité. Un moment important dans la vie d’une femme comme d’un homme, un moment où les priorités se bousculent, où les envies changent. Je n’ai pas encore d’enfant mais je sais que le moment viendra car j’ai l’envie de transmettre, de faire grandir à deux un être dans un monde que je lui montrerai sous plusieurs angles.

 

LES ASPIRATIONS

Les Pionnières – As-tu défini des principes pour concilier vie personnelle et vie professionnelle ou est-ce que tu fais un peu comme les choses se présentent ?

La vie peut très vite devenir un marathon, partant de ce principe il faut s’économiser, s’écouter et apprendre à s’adapter. Personnellement, j’ai des habitudes simples, je mange très sainement, je dors à heures fixes (je prends l’habitude de ne jamais quitter une soirée après minuit sauf cas exceptionnel), et je nage ! Je sors rarement en semaine car je travaille les soir, mais les brunchs du weekend sont précieux ! Mon équilibre je le trouve chez les autres, je suis très entourée, j’ai besoin de l’affection de mes amis.

« VOIR ENCORE PLUS GRAND, DIVERSIFIER MON IMPACT ET LES MOYENS D’IMPACTER LES AUTRES. »

Les Pionnières – Quels sont tes projets, tes aspirations pour la suite ?

Je veux voir encore plus grand, diversifier mon impact et les moyens d’impacter les autres, toujours par la voie de la modélisation mathématique et numérique. Je n’ai jamais vraiment de plans précis mais j’ai toujours les oreilles et les yeux grands ouverts !

http://aureliejean.wixsite.com/in-silico-veritas/about

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